ROSE HOBART

de Joseph CORNELL
1936-1939 / n&b teinté / son / 17' 25

«Le premier - et le plus impressionnant - des films de Cornell, ROSE HOBART (ca. 1936), illustre bon nombre des idées qu'il a ensuite précisées à propos de Hedy Lamarr et Jennifer Jones. Il s'agit essentiellement d'un remontage de East Of Borneo, drame de la jungle tourné en 1931 pour Universal Pictures, avec Rose Hobart et Charles Bickford. Apparemment, Cornell pensait que ce film parlant contenait «des passages rappelant combien le film muet a le pouvoir d'évoquer un monde idéal de beauté».
Pour l'essentiel, le travail de Cornell a consisté à isoler les moments de transition (de la terreur au soulagement) et à en réorganiser le montage, sans rien reprendre ou presque de leur contexte (explosion du volcan, long voyage périlleux sur le fleuve Marudu...). Le montage de Cornell est tout à fait original: on ne trouvera rien de semblable avant trente ans dans l'histoire du cinéma. La juxtaposition délibérée de plans qui ne concordent pas, la réduction des conversations à quelques images de l'actrice (sans plans correspondants de l'interlocuteur), les brusques changements de lieu, tout cela était si osé en 1936, que même les plus sophistiqués des spectateurs auraient jugé le film plus inepte que brillant. Pourtant Cornell a été plus loin encore puisqu'il a incorporé certains passages continus du film original - des séquences contenant jusqu'à huit plans d'affilée - pour rappeler la fluidité obligatoire du montage hollywoodien de l'époque et faire mieux ressortir encore la brutalité de sa propre reconstruction. Le fait qu'il ait retenu un plan de liaison ici ou là (par exemple celui qui montre l'interlocuteur dans un dialogue avec l'héroïne) souligne l'excentricité de ses ellipses. Enfin, il n'a gardé parfois que le fondu d'un plan - ou la simple fermeture d'une porte -, l'action principale étant alors carrément omise.» P. Adams Sitney.



Ce film n'est pas en distribution