YO-YO RATED

de Derek WOOLFENDEN
2006 / Mini DV / coul-n&b / sonore / 1E / 20' 00

« Je pose en principe un fait peu contestable : que l’homme est l’animal qui n’accepte pas simplement le donné naturel, qui le nie. Il change ainsi le monde extérieur naturel, il en tire des outils et des objets fabriqués qui composent un monde nouveau, le monde humain. L’homme parallèlement se nie lui-même, il s’éduque, il refuse par exemple de donner à la satisfaction de ses besoins animaux ce cours libre, auquel l’animal n’apportait pas de réserve. Il est nécessaire encore d’accorder que les deux négations que, d’une part, l’homme fait du monde donné et, d’autre part, de sa propre animalité, sont liées. Il ne nous appartient pas de donner une priorité à l’une ou à l’autre, de chercher si l’éducation (qui apparaît sous la forme des interdits religieux) est la conséquence du travail, ou le travail la conséquence d’une mutation morale. Mais en tant qu’il y a homme, il y a d’une part travail et de l’autre négation par interdits de l’animalité de l’homme. » (Georges Bataille, L’Érotisme)

YO-YO/Rated est à la fois une installation et un patchwork d’images préexistantes : archives de la fête de l’humanité, journaux et jeux télévisés, émissions de variétés, films, dessins animés, défilé du 14 juillet, internet. L’installation présente deux amis se masturbant devant la caméra : ils sont en compétition, l’un des deux doit éjaculer avant l’autre et vaincre la confusion des images devant eux. Ils échouent tous deux et témoignent ainsi de l’impuissance aujourd’hui à s’affirmer tant sur un plan moral que social. C’est un peu l’éloge de la non-réussite, de l’échec total, de l’humiliation virile (l’un est en semi érection et l’autre ne bande même pas), de la régression volontaire et revendiquée pour renouer avec un état primitif, instinctif. Cette installation est comme un rite révélateur de nos tabous toujours en vigueur, mais sur un mode comique : cette performance n’arrive pas à se prendre au sérieux et ses protagonistes dénoncent, au fur et à mesure, tous les accessoires et le stratagème de la mise en scène pour combler l’impuissance généralisée, de l’acteur au réalisateur.
Dans un deuxième temps, un montage de found footage témoigne d’un possible hors-champ ou contre-champ de l’installation (une télévision, un ordinateur ?) qui expliquerait, voire même justifierait, l’impuissance des deux compères. Aujourd’hui, plus rien ne fait bander.
Une explosion de feux d’artifices vient clore le film se mêlant aux canons militaires, bouquet final faisant l’éloge funèbre à l’amitié, en proie aux séparations, tel un déchirement entre le passage de l’enfance à celui de l’âge adulte ; à l’image du titre d’ailleurs, de l’enfant qui fait du yo-yo à l’adulte qui fait des films qui doivent être évalués par une Commission, autrement dit des censeurs, des juges, des pères !

« L’humanisation de l’homme, c’est cela : l’échafaudage qui construit l’image du Père. (…).
Voilà ce que les comptables n’admettront jamais : que tout meurtre soit marqué de parricide.
Voilà ce qu’ils n’admettront jamais : que la banalisation du meurtre aujourd’hui plonge ses racines dans l’abolition du Père.
Voilà ce qu’ils n’admettront jamais : quand s’efface dans la société l’image du Père, l’image de l’Idole la remplace.
Quel que soit le nom de l’Idole (…) le tyran est toujours une caricature du Père démonétisé. » (Pierre Legendre, La Fabrique de l’homme occidental)

1 COPIE EN DISTRIBUTION


format de distribution Mini DV (PAL)
cadre de projection 4/3 (simple écran)
vitesse de projection 25 ips
son son
langue originale anglais & français
traduction français (Sous-titrage incrusté)
prix de location 40,00 €