ENTRANCE ISLAND

de Chris WELSBY
2015 / DVCAM / couleur / sonore / 1E / 17' 00

Le film en une prise, non monté, est maintenant un genre bien documenté, et il a sans doute commencé lorsque les frères Lumières ont projeté les premières pellicules de film à Paris en 1897. La forme, qui a plus en commun avec la photographie ou la peinture qu’avec le cinéma conventionnel, sera approfondie plus tard aux Etats-Unis par Larry Gottheim dans ‘Fog Line’ (1970). Au Royaume-Uni, mes films ‘Tree’ (1973) et ‘Stream Line’ (1976), ‘Eye and Tree’ de Guy Sherwin et en Allemagne, ‘Asyl’ de Kurt Kren ont ajouté de l’inattendu au concept. Depuis lors, le cinéaste américain James Benning a donné au genre de nouvelles lettres de noblesse dans ‘Thirteen Lakes’, un série d’études de 10 minutes réalisée sur plusieurs mois en 2004. Bien sûr, il existe beaucoup d’autres exemples fabuleux, et l’on pourrait peut-être avancer que des travaux récents à partir de webcams et de disques durs, tels que ‘Fenlandia’ de Susan Collins (2006), ‘Light From Tomorrow’ d’Alison Craighead (2006) ou mon propre ‘Time After’, actuellement présenté à Nantes (France), font partie de la même tradition.

‘Entrance Island’ est un site important du nord des Îles Gulf, qui sont situées au large de la côte sud-ouest de la Colombie-Britannique, au Canada. Ce décor côtier charmant et suprêmement canadien ; une île rocheuse et désertique sur laquelle se dresse un phare, entouré d’un petit hameau de maisons blanches aux toits de fer rouge ; ont été pour moi le motif parfait pour revisiter cette tradition établie du film en une prise.

J’avais déjà vu le phare une fois, tel qu’il apparaît dans la vidéo, avec la lumière basse de l’hiver éclairant la côte rocheuse et les petites maisons blanc et rouge qui apparaissent et disparaissent à mesure que les nappes de brouillard se déplacent le long de la surface froide de l’océan. Cependant, j’ai dû attendre quatre ans pour que les conditions se répètent à un moment où mon emploi du temps me permettait d’y être avec ma caméra et mon tripode. Le lundi 9 mars 2015, je me suis enfin retrouvé au bon endroit, au bon moment !

Aux environs de 13h (PST), je suis arrivé au point de vue, sur l’extrémité nord de l’île Gabriola. J’ai installé la caméra sur son tripode et, dirigeant l’objectif vers la mer, tâché de deviner où apparaîtrait le phare dans le cadre. A ce moment de l’année, l’océan est encore très froid de l’hiver, mais la terre se réchauffe rapidement. Il en résulte la formation de nappes de brouillard très denses, qui se déplacent étonnamment vite avec le vent. Quand je suis arrivé sur place, la visibilité était d’environ 10 mètres, mais aux alentours de 14h15 la marée a changé, et derrière moi, le brouillard s’est levé légèrement sur la terre. Je ne pouvais toujours rien voir à travers l’objectif, mais les signes étaient favorables, et j’ai donc enclenché la caméra et suis allé me mettre à l’abri du vent froid. Le travail était fait, et à partir de là, la conjonction du vent et du brouillard et de la lumière chaude du printemps ont fait ce qu’ils savent si bien faire, et 15 minutes plus tard, ma vidéo était achevée.

Chris Welsby, Colombie Britannique, 9 août 2015

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format de distribution Blu-Ray
cadre de projection 16/9 (simple écran)
vitesse de projection 29,976 ips
son son
prix de location 51,00 €