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Projection / Carte blanche / 16 octobre 2026

HOME MOVIE

Séance présentée par Olga Kobryn et Emmanuel Lefrant, dans le cadre du séminaire de recherche et cycle de projections « Cinéma au féminin engagé : pratiques, discours, théories » (Université Paris Cité)

La matérialité du médium révèle aussi bien les imaginaires que les politiques qu’elle incarne. Préserver les techniques du cinéma argentique, c’est aussi préserver les œuvres et les conditions matérielles de leur visibilité. C’est engager une réflexion sur la nécessité d’un tournant écologique de ces pratiques, mais aussi sur la politique même du médium : comment continuer à lutter pour une démarche inclusive, pour la visibilité des femmes, pour le décentrement des perspectives et pour des approches anticoloniales, non anthropocentrées, et d’autre structures non-hiérarchisées ?

On ne peut pas penser le cinéma indépendamment de ses conditions matérielles de production, de création, de conservation, de circulation et de visibilité. Lutter pour continuer à montrer des films réalisés en pellicule, malgré l’envahissement du numérique dans nos vies, c’est aussi se battre pour préserver un cinéma engagé, fait à la main, que l’on va partager collectivement, dans un espace et un temps consacrés pleinement à une expérience de sens et de pensée. C’est aussi préserver le sensible contre le cadre, la norme, l’ordre dominant. C’est maintenir ouvertes d’autres manières de faire circuler les images, de les rendre sensibles. C’est en somme main-tenir pour dés-ordonner.

Cette séance du séminaire & cycle de projections « Cinéma au féminin engagé : pratiques, discours, théories » a pour titre Home Movie, fil d’Ariane, lieu de révolte, d’introspection, d’imagination et de gestes intimes.

« Des petits événements sont des événements », rappelle Duras, pour composer l’Histoire à partir « du vide, du rien-dit, du rien-dire[1] », des « traces tombées hors du temps et figées maintenant dans leur mutisme ». Dans une perspective féministe, Duras appelait à une archéologie de la maison – un silence féminin éloquent – où les objets brisés du quotidien se mettent à parler dans un espace où l’écriture, épistolière, puis filmique, a longtemps été considérée comme un domaine masculin.

Histoire de femmes s’incarne aussi une tonne de matière composée de déchets. La maison, espace historiquement féminin, est remplie à ras bord du féminin périssable : gestes, matières, jouets, vaisselle, nourriture. Qu’y a-t-il de durable au sein de cet univers historique silencieux, non-rédigé, dans ce désordre comme désobéissance à toute forme de hiérarchie qui s’oppose à la mémoire patriarcale structurée. Qu’y a -t-il d’éternel dans le fortuit, l’éphémère, l’organique, le dégradable ?

Une réflexion s’établit alors autour de la possibilité même de l’écriture de l’histoire des femmes[2], appréhendée à travers la différence entre les notions d’archive et d’archéologie. Le travail d’archivage est un concept paradoxal : à la fois commencement et commandement[3], il constitue un discours et un geste qui rendent néanmoins la visibilité possible, dans la mesure où l’Histoire se cherche et se découvre dans ses lacunes, ses non- dits, ses absences et ses silences : « le domaine des choses dites, c’est ce qu’on appelle l’archive ; l’archéologie est destinée à en faire l’analyse[4] ».

Les films de ce programme couvrent cinq décennies, depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui, menant ensemble une réflexion autour de la maison vue comme imaginaire décentré (Gunvor), en passant par l’idée du recyclage de ses propres déchets par voie de conséquence de la décharge comme lieu d’écriture (Jennifer), du tout premier logis et des toutes premières parois (Louise), du détournement des pratiques patriarcales, aussi bien domestiques que filmiques (Cécile et Eva), de la maison écologique (Rose) et anticoloniale, territoire et sol (Azucena), du laboratoire comme maison (Marie-Odile), et enfin de l’idée du fil d’Ariane (Barbara).

[1] Marguerite Diras, La Couleur des mots, entretiens avec Dominique Noguez, Benoit Jacob, 2001, p. 31. [2] Lis Rhodes, “Who’s History?”, in Film as Film. Formal Experiment in Film, 1910–75, Hayward Gallery & Arts Council of Great Britain, 1979.
[3] Jacques Derrida, Mal d’archive, 1995.
[4] Michel Foucault, Les Mots et les choses, 1966.
[5] Erika Balsom, « La communauté fondée sur la réalité », dans Erika Balsom et Marcella Lista, Eric Baudelaire. Faire avec, Paris, Paraguay, 2022, p. 7-30.

HOME MOVIE

vendredi 16 octobre 2026 à 19h00



LIGHT YEARS EXPANDING
de Gunvor NELSON
1987 / 16mm / couleur / sonore / 25' 00
LANDFILL 16
de Jennifer REEVES
2010-2011 / 16mm / coul-n&b / sonore / 9' 00
JOURS EN FLEURS
de Louise BOURQUE
2003 / 35mm / couleur / sonore / 4' 59
HOME MOVIE
de Cécile FONTAINE
1986 / 16mm / couleur / silencieux / 5' 00
THE DEMANDS OF ORDINARY DEVOTION
de Eva GIOLO
2022 / DCP / couleur / sonore / 12' 06
BOUQUETS 21-24
de Rose LOWDER
2001 / 16mm / couleur / silencieux / 5' 57
PANTANO
de Azucena LOSANA
2019 / DCP / coul-n&b / sonore / 6' 07
I(N)TER
de Marie-Odile SAMBOURG
2011 / 35mm / couleur / silencieux / 1' 20
ARIADNE
de Barbara METER
2004 / 35mm / couleur / sonore / 12' 00

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lieu Le Grand Action
5 Rue des Écoles
75005 Paris
France
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