SPIRAL JETTY

by Robert SMITHSON
1970 / color / sound / 1S / 35' 00

De retour à New York, le désert urbain, j'ai contacté Bob Fiore et Barbara Jarvis et je leur ai demandé de m'aider à faire mon film. Le film a commencé comme un ensemble de déconnexions, un roncier de fragments de choses obscures et fluides stabilisées, de composants captifs d'une succession de cadrages, un ruisseau de viscosités à la fois immobile et mouvant. Ainsi, le monteur penché sur un tel chaos de prises de vues ressemblait à un paléontologue rassemblant les indices d'un monde encore lacunaire, une terre encore incomplète, un laps de temps inachevé, des limbes incertains sur quelques bobines en spirale. Des bouts de films pendaient à côté du banc de montage, des morceaux d'Utah, des prises de vues surexposées et sous-exposées, une quantité de matériaux impénétrables. Le soleil, la spirale, le sel, enterrés sous des mètres de pellicule...
Le film ressaisit la dimension de la Spiral Jetty. Des éléments disparates deviennent cohérents. Des espaces et des choses invraisemblables ont été intercalés entre certains segments du film, montrant une portion de chemin de terre allant et venant du site lui-même en Utah. Une route qui avance et qui recule entre des choses et des lieux situés ailleurs. On peut même dire que cette route n'est nulle part. La rupture qui s'opère entre la réalité et le film nous conduit à la perception d'une rupture cosmique. Cependant toutes ces invraisemblances s'accommoderaient à mon univers filmique: dérivant parmi des fragments de film, on ne peut leur infuser aucune signification, elles paraissent usées, ossifiées, dégradées et sans intérêt ; cependant elles sont assez puissantes pour nous projeter dans un vertige lucide.

1 PRINT IN DISTRIBUTION


distribution format 16mm
screen 1,37 - Standard (single screen)
speed 24 fps
sound optical sound
rental fee 130,00 €